Porte-conteneur à voile : la révolution du fret maritime décarboné
Le porte-conteneur à voile est un navire de commerce propulsé principalement par le vent, réduisant fortement le carburant fossile.
- Économies de CO₂ entre 44 % et 57 % à 9 nœuds.
- Propulsion par ailes véliques, vent gratuit et illimité.
- Moteur diesel MGO conservé en secours, en cas de pétole.
- Neoliner Origin : premier navire ConRo à voile.
- Une première mondiale pour le transport conteneurisé.
- Objectif Net Zero Carbone 2050 avec CMA CGM.
Décarbonation et réduction des émissions CO2
Le transport maritime est aujourd’hui responsable d’une part importante des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Face à ce constat, le porte-conteneur à voile s’impose comme une réponse concrète et immédiate : il utilise le vent une énergie gratuite et illimitée pour déplacer des marchandises, réduisant drastiquement la consommation de carburant fossile.
Les gains environnementaux annoncés sont loin d’être symboliques. Les simulations menées sur 10 dernières années de données météorologiques évaluent les économies de CO₂ entre 44% et 57% à une vitesse de 9 nœuds. L’objectif est ambitieux, mais il repose sur une réalité physique : plus le vent souffle, moins le moteur travaille.
Concrètement, plusieurs leviers techniques et stratégiques se combinent pour atteindre ces performances.
- Économies CO₂ de 44% à 57% grâce à la propulsion vélique à 9 nœuds
- Moteur diesel MGO en secours, uniquement en cas de pétole ou de manœuvre
- Objectif Net Zero Carbone 2050 porté par CMA CGM, entré au capital de Neoline
- Première mondiale : le transport conteneurisé à propulsion principale vélique
- Neoliner Origin : premier navire ConRo à propulsion principale vélique
Ce qui distingue ce projet d’une simple expérimentation, c’est sa dimension industrielle. Il ne s’agit pas d’un prototype isolé, mais bien d’un navire de commerce conçu pour transporter des conteneurs sur des lignes régulières, avec des performances mesurables et vérifiables.
Le moteur auxiliaire diesel MGO reste embarqué pour garantir la sécurité et la fiabilité du transport : en l’absence de vent, le navire poursuit sa route sans interruption. La voile ne remplace pas totalement le moteur conventionnel elle le complète intelligemment, en réduisant son usage au strict nécessaire. C’est cette combinaison pragmatique qui rend le modèle crédible pour les chargeurs et compatible avec les exigences du fret international.
Caractéristiques techniques du navire

| Caractéristique | Valeur | Détail technique |
|---|---|---|
| Longueur | 91,3 mètres | Coque compacte adaptée au fret |
| Largeur | 17,8 mètres | Architecture asymétrique |
| Tirant d’eau | 4,8 mètres | Accès ports de faible profondeur |
| Tirant d’air | 62 mètres | Ailes rigides déployées |
| Capacité conteneurs | 210 EVP | 6 niveaux dans 3 cales ouvertes |
| Capacité marchandises | 2 500 tonnes | Fret conteneurisé et vrac |
| Prises reefer | 56 | Pour marchandises températures dirigées |
| Surface vélique | 1 050 m² | 3 ailes rigides de 350 m² |
| Capacité passagers | 10 personnes | Accueil à bord |
| Vitesse moyenne | 9 nœuds | Profil d’exploitation économique |
Le navire atteint 210 EVP de capacité, soit environ 2 500 tonnes de marchandises, avec 56 prises reefer pour les cargaisons sous température dirigée. Le chargement s’organise sur 6 niveaux dans 3 cales ouvertes, une configuration qui facilite les opérations portuaires et réduit les temps d’escale.
Sa surface vélique totale de 1 050 m² se répartit en 3 ailes rigides de 350 m² chacune, montées sur tripode. Ce choix technique permet de conserver une vitesse moyenne de 9 nœuds tout en maximisant la contribution du vent à la propulsion, avec un moteur auxiliaire en appoint lors des périodes de calme.
Avec un tirant d’eau de 4,8 mètres seulement, le porte-conteneur à voile peut accoster dans des ports de faible profondeur, élargissant les routes accessibles. Ces dimensions le positionnent comme un navire de fret agile, pensé pour des lignes régulières plutôt que pour les très grandes traversées océaniques.
Route Marseille-Madagascar desservie
Le porte-conteneur à voile Windcoop reliera Marseille à Madagascar en ligne directe, sans rupture de charge. La traversée s’effectue en 4 semaines, un délai fiable pour les chargeurs qui importent ou exportent sur cette route.
Ce modèle offre une visibilité logistique garantie : les marchandises restent à bord du même navire du départ jusqu’à l’arrivée. À terme, Windcoop vise plusieurs destinations, avec cette liaison madagascaise comme première concrétisation concrète.
Pour prolonger la visite
Le fret conteneurisé qui passe par Marseille s’inscrit dans un transport maritime mondial dont les conteneurs standardisés sont l’unité de base. Pour comprendre les délais réels d’une telle liaison, la durée d’une traversée vers La Réunion montre combien les escales allongent le transit.
Le navire Neoliner Origin, premier ConRo à propulsion principale vélique, assure une escale à Marseille. Une ligne transatlantique est également exploitée par Neoline pour le fret, montrant que la propulsion vélique s’étend à plusieurs routes commerciales.
Modèle coopératif et citoyen Windcoop
Windcoop ne ressemble pas à un armateur classique. Le navire appartient à ses sociétaires : citoyens, chargeurs, entreprises et collectivités qui ont réuni 9 millions d’euros de fonds propres pour financer le projet.
La construction du porte-conteneurs est estimée à 28,5 millions d’euros, pour un investissement global d’environ 30 millions d’euros. Chaque sociétaire devient copropriétaire d’un navire décarboné, avec une gouvernance partagée.
Ce modèle coopératif garantit aux chargeurs une visibilité logistique sur le long terme, sans dépendre des aléas d’un armement traditionnel. Une première dans le fret conteneurisé à voile.
Réduction carburant et performances chiffrées
La propulsion vélique permet d’atteindre jusqu’à 60 % d’économie de carburant lorsque les conditions de vent sont favorables. En moyenne, le navire vise une vitesse de 9 nœuds avec des économies de CO₂ de 44 % à 57 % selon les routes empruntées.
Ces estimations s’appuient sur des simulations réalisées par D-ICE Engineering, intégrant 10 dernières années de données météorologiques pour garantir une fiabilité opérationnelle. Le moteur diesel MGO reste disponible en secours lors des périodes sans vent.
Avec une surface vélique de 1 050 m², le navire peut aussi accélérer lorsque les alizés sont porteurs, offrant une traversée fiable en 4 semaines sans rupture de charge.
Technologie vélique et ailes rigides CWS
Le fonctionnement des ailes rigides articulées
Le porte-conteneur Windcoop embarque 3 ailes rigides à profil fixe, développées par CWS. Chaque aile offre une surface de 350 m², pour une surface vélique totale de 1 050 m². Montées sur un axe articulé fixé à un tripode, elles pivotent pour capter le vent, quelle que soit sa direction.
Le système est entièrement automatisé : l’équipage n’a pas à manœuvrer les voiles manuellement. L’objectif est double fournir de la puissance tout en garantissant stabilité et sobriété énergétique. En cas de pétole, un moteur auxiliaire diesel MGO prend le relais.
L’architecture asymétrique du navire
Le navire adopte un design asymétrique : les ailes et la grue se répartissent de façon complémentaire pour libérer l’espace de manutention. Cette organisation conditionne le chargement :
- Six niveaux de conteneurs empilés en hauteur
- Trois cales ouvertes pour le chargement
- Grue complémentaire aux voiles pour les opérations portuaires
Cette configuration permet d’atteindre une capacité de 210 EVP (environ 2 500 tonnes de marchandises), dont 56 prises reefer pour le fret réfrigéré.
Acteurs et partenaires industriels du projet
- Zéphyr & Borée conçoit le navire, fort de son expérience sur le cargo vélique Canopée.
- RMK Marine construit le porte-conteneurs dans son chantier de Tuzla, en Turquie.
- CWS fournit la propulsion vélique de dernière génération, avec ses ailes rigides articulées.
- CMA CGM investit au capital de Neoline pour accompagner la filière du fret décarboné.
- Mise à l’eau prévue en mai 2027, un jalon clé pour l’entrée en service de la ligne.
Ce projet de porte-conteneur à voile réunit des savoir-faire complémentaires : un bureau d’études naval spécialisé dans la propulsion vélique, un chantier turc expérimenté et un armateur engagé dans la décarbonation du transport maritime.
Zéphyr & Borée assure la conception du navire. Ce bureau d’études a déjà démontré sa maîtrise de la technologie vélique avec le navire Canopée, ce qui apporte une base technique solide au projet Windcoop.
RMK Marine, à Tuzla, se charge de la construction. Ce chantier turc a notamment construit le Neoliner Origin, premier navire roulier à propulsion principale vélique. Ce sont donc des 3 ailes rigides de 350 m² chacune, soit 1 050 m² de surface vélique, que le chantier doit intégrer.
CMA CGM est entré au capital de Neoline et poursuit son objectif Net Zero Carbone à 2050. Son soutien financier et logistique donne de la visibilité à la filière du fret vélique.
Point d’étape majeur : la mise à l’eau du navire est prévue en mai 2027. D’ici là, les partenaires poursuivent l’assemblage et les essais, pour une traversée de 4 semaines vers Marseille-Madagascar.
